Dans les délires de rêves délirants qu’on peut avoir, je ne sais pas vous, mais moi j’ai ce désir depuis toujours d’un cuir vraiment léger, une peau sur ma peau, du cuir comme un t-shirt et même lavable tant qu’on y est. Elle s’appelle Aurélia Stouls. Sa marque, Stouls. Son idée, découverte par hasard en voyant l’autre soir une copine porter ça, c’est de traiter le cuir comme un t-shirt. Oui, comme j’en rêvais, pile. Y a des gens qui font avancer la science, et puis, voyez, y a des gens qui font avancer la mode. Ils ne sont pas si nombreux, parce que tant se contentent d’imiter ou d’inventer, mais en créant des carcans. Il faut avoir touché le cuir plume de Stouls pour savoir ce qu’est vraiment la sensualité. Elle fait des treillis, des gilets, des bleus de travail (eh oui, tout se tient), ça pèse aussi léger qu’une âme fleurie, c’est jamais vulgaire, ça tient chaud l’hiver et même pas chaud l’été, j’aime j’aime j’aime. Ça a un prix, mais j’aime. On en a parlé l’autre jour, non, du fait que le vrai combat à mener c’était contre la lourdeur et la rigidité ? Les vêtements qui pèsent, je ne peux plus. Mon corps lutte contre la pesanteur, et je lui dois bien ça de l’alléger par les étoffes. Je vis dans ce monde, la mode, où tout est souvent si vain. Pour une fois que quelque chose a un sens. Je vais parler de cette marque aux gens de mon journal jusqu’à ce qu’ils fassent la couv’ avec. Sur ce, je regarde le ciel, et bon ben je remise mes sandales, on dirait !
Sophie Fontanel
Ecrivain et journaliste au magazine Elle - 12 mai 2010
blog.elle.fr/la-vraie-vie-de-fonelle/
Philippe Tretiack raconte et stretch Stouls en mots
Tout ce qui gante, enveloppe et comprime, tout ce qui colle, suce et caresse finit par se dilater. Avide, le poumon brusque sa camisole de côtes pour s’enivrer d’un air limpide, le torse bombe, les muscles grondent. Tous les corps visent à croître. Ce que nous voulons ? Gagner du terrain ! Grandir, être plus que nous-mêmes car le sentons dans nos fibres, sous tout repos factice niche une vigueur échevelée. L’extension est notre nature. Elle nous enflamme, embrase le monde. Plantes, villes, réseaux, nappes, désert et foules dévorent l’air et l’espace, comblent les vides, enflent, enflent, enflent. Incoercible conquête, expansion inextinguible. L’extension est le moteur du monde car la nature, on le sait, a horreur du vide. Elle occupe, elle s’étire et s’étend. Alors bandez muscles ! L’épiderme s’adaptera à vos désirs. Et qu’importe l’effroi devant ces poussées de sève, ces fièvres qui mutent nos corps en objet de passion, en territoire de transes ! Jamais ne craqueront les coutures. Dans l’étirement de la liane et du tigre, quand la colonne vertébrale impose au corps entier son développement salvateur, c’est toute notre sensualité qui affleure. Car il n’est de peau élastique sans soupçon de freudienne pulsion scopique. Ce que l’œil perçoit dans l’extension des bras, des jambes, dans le clair obscur d’un cil qui frémit, c’est la promesse d’une vie élargie. L’extension est une tension que la peau drape à l’infini.
Ecrivain et journaliste